Lundi 18 décembre 2006 1 18 /12 /2006 18:21

Elle est entrée à l’Elysée en mai 1981. Jacques Attali, devenu conseiller spécial du président Mitterrand, a sélectionné quatre : Jean-Louis Bianco, Pierre Morel le diplomate, François Hollande et Ségolène Royal. Leur mission : préparer les sommets internationaux et « avoir des idées ». 

Elle entre par la petite porte : pendant un an, elle sera une collaboratrice «  officieuse ». Elle a vingt sept ans, elle vient directement de l’ENA. Discrète, efficace, un peu provinciale, elle rédige note sur note. Très vite, François Mitterrand entend parler de cette jeune femme atypique, à la fois timide et culottée, dont les initiatives surprennent. Elle impose une crèche à l’Elysée pour les enfants du personnel. Elle adresse dès le printemps 1981 une note au président pour l’alerter sur un fléau dont personne ou presque n’a entendu parler en France : le sida. Elle, si : elle a séjourné à Saint Francisco, où la maladie a été décelée fin 1980.

 

C’est elle notamment qui travaille sur la « carte 10 ans » pour les étrangers en situation régulière. Elle qui met fin à la première grande fronde des motards. Elle entre en contacte avec les responsables, juge certaines de leurs revendications fondées, persuade Mitterrand de les recevoir. De même pour le conflit des internes des hôpitaux, qui s’éternisait avec des syndicats faibles, une coordination forte mais mal organisée, des structures hospitalières figées. Elle identifie les bons interlocuteurs chez les contestataires comme dans l’administration et parvient à nouer les fils de la négociation. Sans jamais apparaître en première ligne. J.L. Bianco résume : « Elle avait déjà du caractère, des convictions, elle savait travailler en équipe. Elle possédait en plus cette qualité très personnelle : comprendre ce qui se passait en profondeur dans la société ».

 

Ségolène fait rapidement partie de ces conseillers peu nombreux qui ont un accès direct au président. Elle lui adresse presque chaque jour une note sur les problèmes qui concernent la vie quotidienne des Français. Elle l’observe. A son contact, elle apprend. Notamment qu’il faut toujours rester libre, ne jamais plier, ne jamais renoncer. Et que la politique, c’est d’abord l’élection, l’onction du suffrage universel. Le 21 mai 1988, le dernier jour du dépôt des candidatures au législatives, elle assiste à la cérémonie d’investiture de Mitterrand dans les grands salons de l’Elysée, où se presse le tout-Etat. Depuis quelques semaines, elle cherche en vain une circonscription. Elle glisse à son amie Laurence Soudet : «  je voudrais me présenter, il faut que j’en parle au président ». Cette dernière lui dit : « Vas-y, c’est le moment ! » Mitterrand approche. Ségolène s’avance, un peu intimidée : «  Monsieur le président, je voudrais être candidate ». Mitterrand, à vois basse : «  Venez après la cérémonie ». Et il poursuit son chemin, visiblement agacé d’une telle démarche à un tel moment. Mais il demande peu après à Louis Mermaz de trouver une circonscription. Ce sera la 2ème des Deux Sèvres. Le président prévient  Ségolène : «  Vous serez battue, mais ce sera un premier pas pour vous implanter et vous pourrez gagner la prochaine fois ».

 

La jeune conseillère part le soir même. Sans espoir de retour : elle savait comme tous les collaborateurs du président, que si elle était battue elle ne retrouverait pas ses fonctions à l’Elysée. En quelques jours, Ségolène Royal parcourt 3000 kilomètres dans les douze cantons de sa circonscription, où elle fait compagne sous le parrainage de Mitterrand. Le 12 juin, elle est élue avec 552 voix d’avance sur un notable de droite solidement implanté. A chaud, elle commente : «  Pour un parachutage, l’atterrissage est réussi. »

 

Le président, admiratif, est ravi. Il suit désormais le parcours de Ségolène, approuve la manière dont elle refuse d’appartenir à un courant du PS, dont elle se bat pour défendre le Marais poitevin. Il lui permet d’obtenir d’importants crédits pour sa circonscription. Quand, en 1992, Brice Lalonde veut quitter le ministère de l’Environnement, Mitterrand appelle Ségolène : «  Je ne voyais que vous ! ». Bérégovoy est, à Matignon, plus que jamais sous le charme. Son collaborateur, Olivier Rousselle, se souvient : «  Les projets de loi de Ségolène jouissaient d’une quasi-priorité. Elle gagnait presque tous les arbitrages contre les autres ministres. Quand j’émettais une réserve sur elle, il me disait : « Vous n’y comprenez rien. Regardez-la : quelle prestance ! Quel regard ! Elle a quelque chose en plus. Elle ira très loin ». Béré avait vu juste.

 

Quinze ans plus tard, elle s’est imposée. Les trois hommes dont elle dépendait à l’Elysée ont été à son côté lors de la compétition interne du PS. Bianco était son porte-parole, Attali la conseillait, Sautter la soutenait. Les deux anciens premiers ministres qu’elle a écartés de la course à l’investiture socialiste -Jospin n’a pas pu revenir dans le jeu et Fabius a été étrillé- avaient été improprement appelés « les fils de Mitterrand ». Et si, à sa manière, elle était un peu la fille de ce président dont elle a dit un jour qu’il était « l’homme qu’elle a aimé le plus au monde ! »…

Par PS Liban - Publié dans : Ségolène Royal : la bio
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